Et déjà je te regarde t’envoler…

Il y a eu les premières heures et les premiers jours à la crèche, où si je me replonge dans mes souvenirs j’ai dû prendre sur moi, ravaler mes larmes aussi et te laisser. A contre coeur, c’était à la fois trop tôt et puis finalement sans doute le moment aussi de reprendre ma vie active. Même si la société, contre laquelle j’ai longtemps été en colère (et ce resentiment ne s’est jamais vraiment apaisé…), ne nous laisse pas forcément le choix…

Il y a eu la première rentrée des classes, plutôt difficile, les pleurs tous les matins, mon coeur de maman déchiré à te retrouver perdue le soir. Ma si petite laissée à son sort dans le chaos de la garderie… Là encore mon coeur de maman qui se retourne et pourtant…

Avec les années j’ai appris à grandir moi aussi. Au travers d’épreuves parfois douloureuses et de caps à passer. En te sachant déjà si loin du cocon feutré de câlins et d’attention de la maison. Et pourtant… tu as bien dû faire face. Grandir toi aussi. T’armer surement. Te débrouiller dans cette si grande école.

Je me suis surprise à me demander si on avait bien fait de s’orienter vers une grande structure. Je me suis remise en question, j’ai douté. Comme à chaque fois finalement que nous faisons face à l’une de ces épreuves qui nous font grandir avec toi.

Ravaler ses propres peurs, sa tristesse, sa colère et sa frustration pour non pas te peindre un tableau idyllique. Non. Mentir ne sert à rien. Mais plutôt que de passer du blanc au noir, on a appris à trouver le beau et le chouette même dans les situations moins faciles du quotidien.

Car c’est comme ça que j’ai envie que tu voies la vie finalement. Car c’est comme ça que j’essaye de voir la vie aussi en fait.

Et puis l’inscription aux scouts (les baladins pour être précise). Avec ta meilleur amie. Avec beaucoup de copains de l’école (qui ne nous parait plus si grande que ça… , ou du moins plus cet univers un peu hostile des débuts, mais l’endroit où clairement tu as commencé ton envol).

Et puis le premier weekend, le premier dodo loin du foyer et pour une fois, pas chez ton amie ou dans la famille. Non. La première nuit avec ces petits baladins et les chefs et mon coeur de maman qui a passé 24h à se retourner dans mon ventre.

Et là finalement, le cap.

Tu ne reviens pas avec une petite mine défaite, voir les yeux pleins de larmes à consoler. Je ne dois pas te laisser en train de pleurer dans les bras de quelqu’un et vite partir, non. Si il y a des larmes quelque part elles pointent certainement au bord de mes yeux. Mais je les ravale ma chérie. Ton sourire et tes yeux si lumineux les transforment en larmes de joie et de fierté absolue !

Et puis tes 6 ans.

Et puis un deuxième weekend et cette fois 2 nuits loin de nous avec les copains il y a quelques jours.

Tu reviens pleine de (crasses*) joie, un sourire jusqu’aux oreilles, les yeux qui pétillent et tes lèvres qui ne s’arrêtent de raconter raconter et raconter encore ! Les secrets avoués à demi-mots car forcément, il y a eu la petite boum, les chips, beaucoup de bonbons. Ton air coquin qui sait le côté un peu interdit, du moins pas habituel et que c’est bon hein mon ange d’aller un peu plus loin ! Enfin, tu nous avoues du but en blanc que tu as à peine eu le temps de penser à nous et là, une fraction de seconde mon estomac se noue, mon coeur s’arrête sans doute et… je sais.

Je sais que nous avons passé un cap. Tu t’envoles ma chérie, tu t’envoles. Et je suis à la fois tellement sidérée de cette sortie que je n’avais pas vu venir de la petite enfance. Mon dieu hier à peine je te portais en moi et voilà que tu t’élances dans TA vie. Je suis à la fois prise par surprise et à la fois tellement tellement fière. C’est certainement la meilleure chose que nous puissions t’offrir. De pouvoir t’envoler, de gagner en autonomie, débrouillardise, confiance en toi. De vivre tes propres expériences et savoir moi regarder cela à distance. Tu partages beaucoup mais je devrai accepter aussi si tu ne me racontes pas tout. Tu t’élances sur TON chemin et tu croques la vie. Et nous en sommes tellement fiers. Mais au fond de moi c’est comme une sorte de page qui se tourne et où je comprends vraiment mon rôle qui change avec toi. Je serai toujours là mon ange, mais à côté. Tu n’as plus autant besoin de moi, ou du moins différemment, et je dois moi-même aussi grandir avec ça…

Vole, vole ma chérie…

Et je vous laisse avec ce si joli texte de Khalil Gibran tellement à propos…

Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit,
Parlez-nous des Enfants.
Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie;
Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.

*les initiés savent ^^.

2 thoughts on “Et déjà je te regarde t’envoler…

  1. On a beau le savoir qu’il faut un jour les laisser s’envoler… je ne suis pas pressée de voir les miennes arriver à ce stade où mon coeur de maman se serrera!

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