Et toi comment ça va ?

Une petite question anodine que celle que m’avait posée à l’époque la pédiatre 2 ou 3 mois après la naissance de mon ainée. Je venais pour une consultation de suivi pour mon bébé, j’étais encore en congé de maternité et certainement un peu en mode « au bout de ma vie-à bout de fatigue ». Pourtant j’ai le très clair souvenir de m’être dit ce jour-là « ça va ». Un look plus ou moins correct (avec encore mon jeans de grossesse), une tête pas trop catastrophée et plus ou moins coiffée. Bref si c’était ma tête et mon état général qui avait encouragé la question, je m’étais clairement dit « heureusement qu’elle ne me voit pas les jours où ça ne va pas »…

A cette question posée avec beaucoup de gentillesse et de bienveillance, avec ce regard profond de celle qui sait… Avec ce regard profond de celle qui tente de sonder l’insondable. Celle qui tente de briser cette cette barrière et ce tabou que finalement nous installons nous-même les mamans, j’ai répondu un machinal « oui oui tout va bien, un peu fatiguée mais ça va ».

Jade Beall

Et d’une certaine manière c’était vrai. J’avais pris le parti de voir le beau, de ne pas trop me plaindre des nuits difficiles, car après tout, « c’est le jeu ma pauvre Lucette! ». Oui. Et c’est sur que se plaindre à longueur de temps et rester dans un état négatif, ça n’aide pas.

Mais en même temps, avec la distance aujourd’hui et un deuxième tsunami accouchement plus tard, je pense qu’il aurait été libérateur de me confier un peu ce jour là. D’accepter la main tendue. De briser le tabou et ce jeu, avouons-le ridicule, de la wonder mum qui veut prouver qu’elle gère quoiqu’il arrive.

Je n’ai pas vraiment fait de baby blues du moins j’ai été possédée par les hormones comme nous le sommes toutes, sur une durée normale je pense et pourtant… Comme le dit si bien Foresti dans son sketch, on ne nous dit rien sur la violence de la naissance. Ce corps qui n’est plus tout à fait le nôtre, que l’on dédie à ce petit bout de vie qui arrive. Ce corps dénudé de tout et de toute pudeur que l’on livre au corps médical sans pouvoir rien y faire. Ce travail long ou court, attendu et espéré ou qui arrive par surprise trop vite. Ce moment que l’on a peut-être idéalisé et qui forcément ne se passe jamais comme on le pensait. Ce corps dévasté qui a donné la vie en y perdant quelques plumes qu’il faut par la suite reconstruire et choyer. Alors que l’on n’a pas le temps. Vous comprenez, les jeunes mamans, elles sont dédiées à leur bébé…

Jade-Beall-a-beautiful-body-project-4

Les semaines de nuits sans sommeil, de pleurs incompris, d’inquiétude, de matins à enfiler son jeans de grossesse des semaines, voire des mois après l’accouchement. Ce corps que l’on ne reconnait plus et qui a surement un peu du mal à suivre le rythme. L’intimité retrouvée ou pas, la rééducation périnatale qu’il faut prendre le temps de faire. La reprise du travail qui approche, la remise en question souvent et nos pleurs que l’on a tendance à trop cacher même à notre conjoint…

On en ressort profondément changée, tellement plus forte et tellement plus fragile aussi. Et avec la distance aujourd’hui, en voyant comme entre amies mamans (voir parfois même entre femmes qui se connaissent peu), on arrive à partager l’intime profond et révéler toutes ces douleurs et difficultés liées à la maternité, je suis persuadée que ce besoin de ce confier est viscéral et nécéssaire. Une sorte de catharsis.

Ce n’est pas un hasard si j’ai regardé en boucle et partagé massivement ce fameux sketch de l’accouchement de Foresti. Il a été une révélation pour la jeune maman que j’étais. Elle a tourné avec humour ces douleurs et difficultés que nous nous refusons à partager et à livrer, parce que vous comprenez, on vit « le plus beau moment de notre vie ».

Jade Beall

Alors aujourd’hui à mon tour, avec toute ma bienveillance et mon regard profond de « celle qui sait », c’est moi qui pose la question aux jeunes mamans de mon entourage. Et je tente de briser le tabou pour peut-être les aider à se confier. A mon tour quand j’arrive à la maternité j’amène toujours une douceur et un petit cadeau pour la jeune maman et j’équilibre mon attention entre maman et bébé, je suis à l’écoute (parce que vous comprenez, il n’y a rien de plus libérateur que de raconter son accouchement à d’autres initiées…). Ce n’est pas grand chose, mais peut-être que cela pourrait remplacer un « oui oui ça va » machinal, prononcé parfois même avec les yeux embués mais en tentant de ne pas faire s’écrouler le château de cartes de résistance que l’on tente de construire et maintenir un peu chaque jour. Et à celle qui me répondrait autre chose, je serai sincèrement heureuse d’apporter mon écoute, partager mes astuces et mon aide, mais surtout mes propres difficultés car c’est juste normal de passer par là… Non pas que j’ai la connaissance suprême, mais plutôt que cette transmission d’expérience fait partie d’un processus nécessaire dans notre communauté universelle des mamans. Et que surtout il est tellement bon et important de souligner et répéter que même « les jours sans », même les larmes aux yeux, nous le sommes, des wonder mums…


Les photos qui illustrent mon article sont tirées de la si forte série de Jade Beall dont je vous avais déjà parlé sur le blog. Je vous conseille vivement d’aller admirer son travail qui tente de réconcilier les mamans avec leur corps après l’accouchement.

http://www.jadebeall.com

En parlant de communauté de mamans, vous retrouverez sur la page du collectif #Belgomums dont je fais partie, les écrits d’une sacrée brochette de wonder mums blogueuses de Belgique. Il y a du léger et un peu futile, mais il y a aussi du partage et des confessions qui vous parleront peut-être…

10 commentaires sur « Et toi comment ça va ? »

  1. OH merci merci pour ton magnifique article, merci de briser le tabou, merci de mettre des mots sur tout ça, merci pour ta belle solidarité… Tout est vrai et si joliment dit… 🙂 Se parler, se confier, oser dire que même si c’est le plus jour de notre vie, c’est aussi le plus éprouvant… Vive les wonder mums qui brisent les tabous 🙂

  2. C’est avec les yeux plein de larmes que je lis ton article.
    Effectivement on essaie de sourire… De cacher que ça ne va parfois (souvent) pas…
    Un cercle vicieux… Le grand est difficile… On le fait garder pour qu’il s’éclate plutôt que de s’énerver à tout va à maison pcq maman s’occupe du pti frère… mais quand il rentre c’est puissance mille qu’il décharge ses colères et frustrations. ..
    C’est dur. .. dur de préserver une famille d’un tsunami qu’apporte un deuxième petit être qu’on aime par dessus tout… Qui doit patienter pour ne pas délaisser le grand. ..
    C’est dur même si le coeur s’agrandit à chaque enfant… malheureusement le temps lui reste inchangé. 😥
    C’est dur d’être maman, femme, épouse, maîtresse, bienveillante envers les autres et envers soi même 😥😏🙈

    1. Je te lis avec beaucoup d’émotion. Merci pour ton message et ton partage. Oui, le rythme et l’équilibre à retrouver après l’arrivée du petit deuxième, cela peut prendre du temps. On avance un peu chaque jour, et comme toi j’ai été frustrée du temps qui lui reste inchangé ! Et la bienveillance, je crois que l’on doit d’abord la travailler envers soi, nous qui avons tendance souvent à faire passer les besoins de nos petits avant tout. Tout un challenge. Courage à toi ❤

  3. C’est effectivement tellement dur…. ne pas pouvoir ou oser dire les choses… parce qu’on sait que si on commence on ne pourra plus s’arrêter parce qu’on sait que si on craque ça sera encore plus dur de remonter la pente…
    Quand on est la première dans son groupe d’amies elles peuvent imaginer mais jamais vraiment comprendre
    Et quand on craque, sous la douche pour pas que ça se voit pour que les yeux rouges passent pour de la maladresse avec le shampoing on se dit… mais de quoi je me plaind? Il est en vie ! J’ai pas le droit de me plaindre, j’ai de la chance!
    Alors on sourit et on dit cette phrase si juste « un peu fatiguée mais ça va » ou encore « tant que le petit va bien, moi aussi »
    Et après tout, c’est tout ce qui compte

    1. Merci merci pour ton commentaire ! Quelle émotion à te lire car c’est tellement ça! Je pense qu’on tient le coup en évitant de craquer pour ne pas que tout s’écroule en effet ! Et pleurer sous la douche… tellement ça ! Se libérer finalement mais en secret… Et garder la face en société quoiqu’il arrive… Craquer devant ses amies serait déjà tellement plus sain mais comme tu dis, c’est possible surtout entre mamans, celles qui ne le sont pas ne peuvent qu’imaginer (et on n’a pas envie de « faire peur » non plus, car l’ambivalence totale fait que c’est de toute façon LE bonheur immense , c’est juste qu’il serait tellement mieux de pouvoir aussi en parler sans prétendre à quelque chose de parfait !) Bises et merci pour le partage !

  4. Tellement vrai.
    Si j’avais réussi à parler à l’époque je ne serais peut être pas tombé en dépression malgré tout le soutien de mon mari.
    Je me suis promis de soutenir les belles soeurs et surtout de les écouter quand viendrait leur tour de devenir maman.

  5. Tellement vrai.
    Si j’avais réussi à parler à l’époque je ne serais peut être pas tombé en dépression malgré tout le soutien de mon mari.
    Je me suis promis de soutenir les belles soeurs et surtout de les écouter quand viendrait leur tour de devenir maman.

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